juil 312008
 

« Un jour, j’ai assisté à un concert de piano d’Hélène Arnault et de Bri­gitte Enge­rer… Tout est parti de là. C’est le buf­fet d’orgue de la Salle Gaveau qui m’a ins­piré », expli­quait Karl Lager­feld avant le défilé Cha­nel. De fait, sous la ver­rière du Grand Palais, des tubes d’acier captent le soleil de juillet. Un chaud et froid qui pro­vient égale­ment de la palette de la col­lec­tion qui décline les tons de gris, oxyde, mer­cure, acier, inox… À la taille, ou entra­vant les genoux au niveau de l’ourlet, les tuyau­tés contraignent le volume ou créent des ampleurs fron­cées. Ainsi, les jupes corolle alternent avec des modèles bal­lon cou­pés dans le taf­fe­tas de soie, la faille et le satin duchesse, étoffes rêvées pour théâ­tra­li­ser les volumes.

Par­fois, une manche lam­pion en super­po­si­tion de tulle, des épaules à la car­rure tour­billon­nante dans un enrou­le­ment de satin de soie ou un volume en bec entre les omo­plates rendent cette haute cou­ture presque expé­ri­men­tale. Les fabu­leuses petites mains de Cha­nel trans­forment cette col­lec­tion en labo­ra­toire de vir­tuo­sité. Tous les tuyau­tés, en crin ou en tulle, sont bien sûr réa­li­sés à la main, comme les colom­bages de mous­se­line noire sur tweed.

Les per­ruques années 1920 et l’œil à la pau­pière gris fer semblent sor­tir des films de Mur­nau. Mal­gré l’excellence de l’exercice, la col­lec­tion ne s’inscrit pas parmi les plus « cha­ne­li­santes » que la griffe ait pro­duites, mais prouve que Karl Lager­feld sait sor­tir des sen­tiers bat­tus avec brio et une inven­ti­vité tou­jours renou­ve­lée. Même les camé­lias qui emplissent une capuche au dos d’une robe longue sont pas­sés au gris sou­ris. Un Cha­nel hors norme, par­fois aussi impo­sant que les grandes orgues dont il s’inspire. Ite missa est.

Chanel
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