Depuis quelques sai­sons, les col­lec­tions de Dries Van Noten semblent s’être impli­fiées pour un laisser-aller de plus en plus convain­cant, en accord avec la volonté d’adoucir la bru­ta­lité du quo­ti­dien. Une décon­trac­tion qui gagne en lec­ture et pri­vi­lé­gie des pièces simples, par­fai­te­ment cou­pées. Un style hon­nête, impac­tant sans pour autant céder aux sirènes de la presse mode. Cette col­lec­tion semble être la conti­nuité de la col­lec­tion Homme et de ses man­teaux de teinte Camel ; ici, les vestes et les cabans sont pro­po­sés dans d’impeccables draps de laine sèche. Mais l’importance de cette pro­po­si­tion réside dans la palette des cou­leurs ins­pi­rée des tableaux de Fran­cis Bacon, quoique les teintes douces comme le rose cre­vette, l’ocre, l’orange, le mauve et le vert tilleul pour­raient avoir été piqués dans les nuances d’une palette de maquillage. En ces temps de grise mine, le spectre de ces cou­leurs douces et ras­su­rantes offre l’effet Pro­zac désiré, pas si éloi­gné des conseils beauté pour femmes d’antan où un rouge à lèvres peps suf­fi­sait à gar­der le moral face aux res­tric­tions d’après-guerre. Ce déluge de tons doux et vita­mi­nés est sou­li­gné d’une garde-robe simple où la rigueur d’une veste de tailleur ampli­fie la beauté d’une robe en soie rose pou­drée. Simple mais ter­ri­ble­ment efficace.

 

       
       
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Il faut par­fois se blot­tir dans l’épaisseur d’une couette pour retrou­ver l’espoir d’un monde moins dur qu’il n’y paraît. La Haute Cou­ture a cet effet mol­le­ton avec les évolu­tions prag­ma­tiques du prêt à por­ter : une halte un peu rare, désor­mais cachée au tra­vers d’un calen­drier qui exa­gère les accé­lé­ra­tions des pré­sen­ta­tions. Une pause, un temps T, voilà la Haute Cou­ture comme une oppor­tu­nité de se res­tau­rer autre­ment avec la notion de Beauté. Chez Gaul­tier Cou­ture, à l’instar de sa Mai­son, située en plein cœur de Paris, rue Saint-Martin, on ravale la façade. La qua­lité d’une archi­tec­ture se révèle der­rière un coup de net­toyage : le trench tra­vaillé comme un jus­tau­corps, la vie tumul­tueuse d’un smo­cking aux revers de velours inquié­tants, l’androgynie d’un petit mate­lot etc. Le cinéma de Gaul­tier, sa ver­sion tex­tile sous haute ins­pi­ra­tion, bat tou­jours le rap­pel des images. Le jeune homme qui rêvait un jour que ses propres icônes puissent croi­ser en ima­gi­na­tion d’autres étoiles plus hol­ly­woo­diennes a en quelque sorte exaucé son rêve. Sa Cou­ture hante les cou­loirs de jeunes étoiles d’antan, les Bar­dot, les Lana Tur­ner et accroche d’autres pré­ten­tions, une sorte de leçon de Cou­ture post-moderne avec des clins d’œil au cor­set chère à Madonna, etc. Passé ou pré­sent, Gaul­tier conjugue tou­jours autant sa mode avec un scé­na­rio impro­bable mais vrai­ment séduisant.

 

 
       
       
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